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Article n° 9: L’orage et la pluie

Catégories Carnet de bord

Il y a des matins où je me demande, fixant le plafond et la couette encore en vrac sur moi, où j’en suis dans cette vie. Pourquoi je me lève ? À quoi bon ? Alors j’énumère une liste de toutes les raisons pour lesquelles je devrais rester au lit, puis celles pour lesquelles je devrais déjà être debout. Même si je vous avoue que certaines fois, j’aimerais juste prendre ma couette et enfouir ma tête dedans, fermer les yeux jusqu’à que vienne demain, après-demain ou même l’année suivante. Attendre indéfiniment dans cet état second, où le coeur et l’esprit n’ont pas assez de force pour se disputer, cet état où seul la nuit peut vous apaiser d’un trait. À ce moment alors plus rien n’a d’importance, plus rien ne vaut le coup.

Ces points sur ma liste paraissent alors peser tout le poids du monde. Jusqu’au moment où, coincé dans l’espace-temps, je réalise que ce que je veux vraiment c’est ressentir quelque chose, quelque chose d’agréable, de calme, afin d’étouffer cette vague d’amertume qui me submerge depuis déjà longtemps.

Je décide d’ouvrir ma fenêtre, pour écouter le bruit de la pluie. C’est agréable, calme, exactement comme ce que je m’étais imaginé. C’est beau la pluie. Presque poétique. Mais ce sentiment de calme s’arrête dès que j’entends les grondements du ciel. La météo avait pourtant prévu du soleil aujourd’hui. Alors, tandis qu’il fait presque 20 degrés dehors et que la pluie trempe le moindre mètre carré de la ville, l’unique raison qui parvient à équilibrer l’autre liste à ce moment là est la plus dérisoire qui soit : je veux sentir la pluie.

Sans réfléchir je me lève, m’habille du premier jean que je trouve, d’un sweat à capuche et enfile une veste. Je me retrouve dehors moins de 10 min plus tard. Au bout de 30 secondes, je réalise déjà que c’était une mauvaise idée : la pluie est beaucoup trop froide, elle traverse mes vêtements et me glace le sang. Je ne sais pas à quoi je pensais, dans les films la pluie a toujours sa part de poésie, même lorsqu’on se retrouve en dessous. Pour l’instant j’ai juste froid, les gouttes s’infiltrent partout et roulent sur mon visage comme des larmes. Quoique ça en est peut être.

Je décide de faire demi-tour, quelle idée débile. L’orage me stoppe, il foudroie le ciel d’une telle violence que mon coeur se soulève. Les automobilistes klaxonnent, comme si ce n’était pas déjà un vrai concert dehors. Je me sens seule, face à cette pluie qui sonne comme des tambours, et elle me déçoit parce qu’elle est loin de ressembler à ce que j’aurais voulu. Elle a changé, ce n’est pas la même que celle que j’ai pu percevoir au tout début, lorsque les gouttes ont commencé à tomber.

Attendez, je me perds, parle-je vraiment de la pluie ?

L’orage me ramène à la raison, il gronde plus fort, plus intensément. Il bouscule le temps qui finit par s’arrêter totalement. Je finis mon chemin sous un arrêt de bus. Je suis trempée, mais quelle idée de sortir par un temps pareil ?

La tempête ne se calme pas, il semblerait même qu’elle s’amplifie. Je décide de ne plus bouger jusqu’à ce qu’elle passe. Je m’assieds sur le banc de l’arrêt de bus, en espérant que la pluie cesse. Mais au bout d’un certain temps je constate que son intensité est restée la même. Toujours la même.

Rien n’est plus vivant que l’orage à cet instant. Rien n’existe à par l’orage, la pluie et le froid.

Imaginez maintenant que cette tempête, ce soit la tempête de ma vie. Où même de la votre. Que le froid soit la peur, la pluie mes pensées qui divaguent, et l’orage le chagrin. Pensez-vous vraiment que je devrais m’arrêter sous cet arrêt de bus ? Parfois, il faut braver la tempête, l’orage ou le déluge pour revenir au sec. Parce que rester sous l’orage, ça ne permet que de le rendre plus réel.

Je divague autant que mes pensées,

Maya.

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